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et au développement durable
en Auvergne-Rhône-Alpes

Nous ne devons plus avoir à justifier notre besoin de nature !


 

Crédits : Aurélie Alvado

Thématique "Normes et risques"

Les articles de ce Dossier n°10 ont été classés sous 3 thématiques : "L’enfant et les apprentissages", "Normes et sécurité", "La concertation".


Notre place initiale était naturellement au cœur du reste du vivant

Nous sommes des animaux et en tant que tels, il nous est indispensable d’être au contact de l’ensemble du vivant animal et végétal. Les enfants d’avant le 21e siècle jouaient dehors, trouaient leur pantalon, avaient des cachettes. Les cours d’écoles ou de crèches, même très minérales avaient leurs fameux platanes… Je ne suis pas certaine que cela était fondé sur l’analyse des besoins fondamentaux des enfants mais le végétal faisait encore partie d’une sorte d’évidence, voire d’habitude…

Quand la nature et le végétal deviennent des dangers avant tout

Et puis, il y a eu l’analyse des risques, les principes de précautions mal utilisés, la déresponsabilisation de certains, la sur-responsabilisation des autres, le manque de confiance en soi, en l’autre et en l’enfant. Le vivant et la nature sont devenus synonymes de dangers. Un bâton est devenu un objet pour crever un œil, un caillou un appareil pour trouer la tête, un fruit ou noyau un outil pour s’étouffer, la terre un vrai poison… Doucement, sans crier gare notre société occidentale intelligente, reine du calcul de risque et de la prévention a fait disparaitre le vivant de nos écosystèmes et l’a remplacé par des matériaux sûrs, solides, lavables, pratiques, maitrisables, réplicables, normalisables, contrôlables. Nous avons vu les arbres « dangereux » se faire couper, les rescapés s’entourer de grilles puis de béton. Finis les feuilles mortes salissantes, les boules de platanes irritantes, les amandes étouffantes, les fruits qui tâchent le sol, les voitures, les vêtements… On a homogénéisé, développé les variétés stériles, sages et obéissantes. En même temps, la terre a disparu remplacée par le béton, le bitume. Ainsi, l’enfant n’avait plus l’occasion de s’empoisonner avec un sol pollué (par une ancienne activité humaine) ou des micro-organismes méconnus… Puis sont apparus, grâce à l’inventivité de l’industrie pétrochimique, les fameux sols souples. Non seulement l’enfant allait être protégé de la nature dangereuse mais en plus il allait pouvoir chuter sans bosse. Ce qu’il est intéressant de noter est que toute cette évolution a été faite sous couvert d’une réglementation invisible. Aucun texte n’a jamais imposé cette évolution sécuritaire. Seules les bonnes consciences des professionnels, gestionnaires, organismes de contrôle et entreprises de travaux, nourries par un système entretenu par la peur ont élaboré peu à peu des lieux de vie... sans vie… mais sans danger apparent pour les enfants.

Début du 21e siècle : la prise de conscience et la réhabilitation du végétal

Mais c’était sans compter les effets secondaires de ces transformations. Nous avons cru protéger les enfants, élaborer des lieux de vie sécurisés, nous avons en fait fabriqué des bombes à retardement. Heureusement quelques résistants visionnaires ont préservé des oasis, crèches, jardins d’enfants, écoles, centres de loisirs… et ont gardé des jardins, des arbres à feuilles caduques et à fruits qui tombent, de la vraie terre, des escargots, des abeilles, des papillons… Quelques organismes de contrôle ont fait confiance à ces professionnels de la protection de la nature ou de l’éducation et à leur façon de faire confiance aux enfants et de construire un cadre vivant mais sécurisant même pour les plus jeunes.

Réalisant que nous étions allés trop loin du vivant non-humain, des éducateurs, psychologues, sociologues sont allés chercher les écrits des anciens, nos références, ont étudié les comportements des enfants du béton et des enfants des lieux résistants et ont à nouveau souligné l’importance du contact de la nature pour l’être humain dès son plus jeune âge. Le syndrome du manque de nature est même né et a offert aux éducateurs à l’environnement un mobile de plus pour recréer ou renforcer les liens physiques entre le vivant non humain et les enfants.
En même temps, nous avons réalisé que ces matières propres et en apparence saines dont nous avions enduit tous nos lieux de vie nous empoisonnaient à petit feu… L’écotoxicologie est sortie des laboratoires, le risque chronique a été mis à l’honneur, les dangers chimiques des très faibles concentrations ont été publiés… les maladies chroniques et dégénératives se sont développées et leur lien avec la qualité de notre environnement largement établi : la santé environnementale est née.

A la croisée de ces prises de conscience, les autorités nationales de la petite enfance ont investi dans de grandes études et groupes de travail sur les besoins du jeune enfant d’une part (Rapport Sylviane Giampino 2016), qui a généré la rédaction de la Charte Nationale Pour l’Accueil du Jeune Enfant, et sur les 1000 premiers jours de la vie d’autre part (Rapport des 1000 premiers jours, 2021) pour identifier les enjeux de cette période sensible pour le développement et la sécurisation de l’enfant.

Tous ces travaux s’accordent : la charte précise que « Le contact réel avec la nature est essentiel au développement du jeune enfant» et la commission des 1000 jours rappelle qu’il était fondamental d’offrir aux jeunes enfants : « un environnement sain… un accès quotidien à un espace extérieur... d’assouplir les normes sécuritaires venant parfois entraver certaines initiatives pédagogiques, pour encourager les sorties quotidiennes à l’extérieur, accéder à la nature, aux animaux… Nous sommes donc d’accord : les jeunes enfants ont officiellement et unanimement besoin du reste du vivant pour se développer et il est urgent de permettre aux lieux d’accueil des jeunes enfants de réintégrer la nature en leur sein. Il faut donc casser le béton, replanter des arbres et arbustes et en donner l’accès aux enfants. Un grand nombre d’initiatives vont dans ce sens aujourd’hui. Cette pratique doit devenir une généralité : nous ne devons plus avoir à justifier notre besoin de nature, c’est un besoin vital pour tous les humains et en particulier pour les enfants les plus jeunes !