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en Auvergne-Rhône-Alpes

Plus un geste, vous êtes cernés ! Une communication* anti-nature ?

Me voilà cette fin juillet après deux camps de pleine nature, cuisine au feu de bois, nuits à la belle étoile, orages nocturnes « à coucher les tentes », départ avant l’aube dans une montagne de coton noyée de brume pour un sommet mythique, etc.

Photo GRAINE ARA

Me voilà donc brusquement plongé dans du plus classique, du plus populaire : vacances à la plage sur la côte landaise avec nos deux petites-filles.

Régal, bonheur ; oui, au milieu de la foule, des parasols, des miradors des C.R.S. sauveteurs : vivre, partager avec deux enfants (4 et 2 ans) cette joie rayonnante, cet émerveillement, ces rires sans fin de la mer et du sable avec un seau et une pelle en plastique !
Patouillage, creusage, sautage, éclaboussage, mouillage, vaguage, écumage, envahissage, trempage, etc. Vrai bonheur, fort riche. Eh oui, personne pour leur gâcher la fête : elles ne savent pas encore lire !

« Plus un geste vous êtes cernés » !

Par quoi, par qui ? Par la nature interdite, par la biodiversité devenue dogme universel ; par les protecteurs de la dite nature, dite biodiversité (je frémis même à l’idée que parmi eux se glisseraient des Educateurs nature, environnement, développement durable…).
La dune tout le long de la côte, quelques centaines de kilomètres de déroulé : INTERDITE. Panneaux « Attention la nature est fragile, la dune, etc. », grillages des deux côtés, rouillés, tordus, ensevelis sous le sable (vous avez dit déchets ?). Mais ne vous inquiétez pas, sur les panneaux le bonhomme qui vous fait la leçon, vous interdit, vous « décline le message » est rigolo, vert, très BD, souriant… de la vraie « comm » quoi, moderne.
« Ce n’est pas grave », me dis-je ; à nous la chlorophylle, la nature, l’espace, la liberté : la chance de ces stations des Landes, c’est d’être insérées entre deux mers, la bleue à l’ouest et la verte à l’est, centaine de kilomètres carrés de forêt (la plus grande d’Europe occidentale). Je prends la poussette, les deux gamines et me voilà de suite immergé dans la nature, la… Raté ! Panneaux, re-panneaux : «La forêt est un écosystème fragile, attention, interdit de… »
C’est reparti !
Je vous passe la « Réserve de… » : visites, entrée, sortie, sens interdit, ne pas marcher hors des caillebotis ; ne pas regarder sous nos pieds les affreux plastiques noirs type ensilage, ils doivent être indispensables au maintien de la biodiversité sur la réserve.
Terrasson, reviens, on est devenus fous !
Eux, nous, les écolos, les protecteurs, les chambres de la biodiversité.
Sortis des réserves et parcs, on étend nos filets, nos grillages, nos interdits, nos « messages » à la nature ordinaire, à l’espace rural, notre bien commun !

Une étude, en 1982, m’avait interpellé. C’était, justement, une plage française : années 60-70, des milliers de « blaireaux », de « beaufs » qui, tout l’été, plantent leurs tentes, laissent leurs papiers gras, font « camping » à la Franck Dubosc… Arrivent des écolos zélés : classement, virés les beaufs, littoral préservé. Ouf ! Seulement le sociologue en question (Bernard Kalaora peut-être, je  cite de mémoire) a calculé le « temps de bonheur dehors par été »sur cet espace maintenant préservé.
Avant : milliers de « beaufs », centaines de milliers d’heures de bonheur simple d’adultes, d’hommes, de femmes, de gosses.
Après : dizaine d’écolos, centaine (au singulier) d’heures de bonheur… Trente ans après cette étude m’interpelle toujours !

Non, décidément, foutons-les DEHORS, menons-les DEHORS

Et le plus cruel pour la fin

Dernier jour. Tout le monde à pied vers la plage, quelques vélos. Sur le dernier espace goudronné avant le sable, exclusivement réservé aux secours, toujours libre, une kyrielle de camionnettes et, sur le sable, musique techno à donf, gros boudins plastiques gluants de ces sempiternelles structures gonflables… « Encore le "grand capital" qui vient faire du fric jusque sur la plage » pensais-je.

Non, pire encore : perché au sommet du plus grand boudin, à demi avachi dans la brise : Le Panda, mon pauvre panda ! Le WWF en structure gonflable, avec la crème solaire X; la boisson Y… tous unis pour des PLAGES ECOCITOYENNES. Le WWF. entre musique techno, « animateur » hurlant et déjanté, et boudins plastiques qui vend du concept, du message : « La nature est fragile… » Ne jouez pas dans le sable, ne plongez pas dans les vagues, venez vous enfermer dans des boudins plastique, on va vous expliquer le développement durable, on va vous asséner nos messages.

Plus un geste, nous sommes cernés !

Heureusement, dès le lendemain sur France Inter, Karin Huet, écrivain- voyageur des hommes et de la nature -des dunes de ses Landes natales justement, aux sables du Maroc et aux rivages de Patagonie arpentés à pied et en kayak- nous parle avec une belle émotion de cette énergie première qui est en nous, celle de notre respiration, de nos muscles, de nos jambes et de nos bras, de ces merveilles que l’on n’utilise plus assez, du bonheur qu’elles nous procurent, et qui est vital à notre plénitude, notre intensité d’être. Non, décidément, foutons-les DEHORS, menons-les DEHORS, les enfants, les adultes, les vacanciers, les « classes populaires », les autres…
Cessons de leur en rebattre les oreilles et les yeux, les sermonner, les endoctriner sous une pluie de panneaux, d’interdits, de messages : « La nature est fragile, menacée (ou/et dangereuse), n’y allez pas, n’y allez surtout pas, restez dans les espaces artificiels et artificialisés ». En bref et en clair : « La nature, ce n’est pas pour vous ».

* Je n’emploie pas le mot éducation… même si, parfois.

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