Blog
de l'éducation à l'environnement
et au développement durable
en Auvergne-Rhône-Alpes

Une lionne à deux pas… ou éduquer à l’environnement dans une aire protégée ouest-africaine

La saison sèche est déjà bien installée. Elle est notre alliée. La végétation est grillée et les animaux sont regroupés autour des quelques points d’eau encore présents dans le parc national du W1, au sud du Niger. La chaleur écrasante du début d’après-midi est passée. Nous avançons à petits pas, sans bruit et en rangs serrés vers les berges de la rivière Tapoa.

Niger

Traces du félin dans le sable et bonheur ou inquiétude de savoir l’animal à quelques mètres de nous, derrière les buissons, peut-être avec ses lionceaux ! … Aurons-nous la chance d’expérimenter le frisson que procure le son puissant de ses rugissements ?


Chance aussi, pour ces enfants de la ville de Niamey participant aux activités du Club Nature Girafe, de rendre concrètes et palpables les illustrations de leurs manuels scolaires, de donner corps aux contes et légendes de brousse. Car dans la plupart des régions d’Afrique de l’Ouest, « la biodiversité n’est plus ». En moins d’un siècle, l’agriculture, l’élevage, la chasse et l’exploitation minière et forestière ont extrêmement dégradé forêts, savanes, steppes et déserts. C’est seulement dans quelques aires protégées que subsistent aujourd’hui des écosystèmes complexes et diversifiés. Ailleurs, la nature s’est vidée, attristée, grisée…

Acheminer un bus au parc, pourtant à seulement trois heures de route de la capitale n’a pas été facile : rendez-vous répétés au ministère de l’environnement, argumenter l’intérêt éducatif de cette sortie en pleine nature, recevoir des promesses hypothétiques de financements pour le carburant, trouver le véhicule, négocier le soutien d’une ONG pour rémunérer le chauffeur et payer l’entrée du parc…
Un véritable parcours du combattant. Mais cette fois, après plusieurs mois de patience, la découverte est bien concrète et le plaisir au rendez-vous. L’immersion dans la nature a succédé aux activités du club en ville : plantation d’arbres sur la ceinture verte de la capitale, fabrication d’objets en sacs plastiques usagés, participation au festival du film d’environnement de Niamey… Ce soir, les enfants dormiront dans le « village scolaire », récemment construit pour accueillir les groupes de jeunes au parc.

L’un des enjeux d’éducation à l’environnement au parc du W est l’appropriation du patrimoine naturel par les Nigériens eux-mêmes.

Car l’un des enjeux d’éducation à l’environnement au parc du W est l’appropriation du patrimoine naturel par les Nigériens eux-mêmes. La visite des aires protégées africaines est souvent « une affaire de blancs » en recherche d’émotions fortes, d’authenticité et de dépaysement. La tendance actuelle au parc du W est une augmentation continue du nombre de visiteurs « nationaux », concrétisant peu à peu la théorie selon laquelle « on protège mieux ce que l’on aime ».

L’éducation environnementale autour des aires protégées ouest-africaines a aussi d’autres champs d’action :

  • Elle s’adresse aux communautés locales vivant dans les parcs et réserves naturelles ou sur leurs périphéries. Leurs modes de vie étant souvent très liés à l’exploitation directe des ressources naturelles, des actions sont nécessaires pour promouvoir des alternatives et favoriser une meilleure acceptation des aires protégées.
  • Elle forme les gestionnaires, gardes et guides aux pratiques de concertation et de coopération, afin de tendre vers une gestion participative des espaces protégés, historiquement très liés à des politiques coloniales plutôt répressives.
  • Elle propose une alternative au "tourisme de consommation », celle de l’écotourisme et du tourisme équitable qui permet de mieux rencontrer les habitants, de respecter les milieux traversés et de générer des retombées économiques significatives pour les populations locales2.

Dans la portée globale et influente que l’on peut lui souhaiter, l’éducation à l’environnement est aussi à même de démontrer aux décideurs politiques qu’une vision à long terme de préservation de la biodiversité peut servir la cause de la lutte contre la pauvreté. Idéalement, elle pourrait également suggérer aux industries extractives exploitant les ressources naturelles africaines qu’il est grand temps d’entrer dans une ère nouvelle de responsabilité sociale et environnementale des entreprises.


1. Le parc transfrontalier du W est à cheval sur le Niger, le Bénin et le Burkina Faso. Il fait partie des sites inscrits par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité.
2. Il est estimé que 80 à 90% des recettes du tourisme classiquement pratiqué dans les pays du Sud reviennent aux économies des pays du Nord.

Sur le même sujet

4 séances pédagogiques pour connaître l’histoire de l’agriculture, les productions locales, rencontrer un agriculteur, découvrir le paysage et comprendre les enjeux de préservation des espaces agricoles pour la biodiversité.
Lecteurs de cet article, posez-vous cette question et vous commencerez à explorer votre écoformation.
Après plus de trente ans d’existence, l’association Jeunes et Nature continue à accompagner les enfants durant leurs vacances et pendant l’école, lors de quelques-uns de leurs pas « dehors »…