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Recréer une relation consciente et sensible avec l'eau, une façon de mieux se comprendre dans le monde

La crise fait maintenant partie de notre quotidien. Financière, sociale, écologique, elle touche l'ensemble de nos sphères de vie. La situation devient d'autant plus alarmante lorsqu'elle concerne notre santé, et plus largement les conditions de notre survie. L'eau, c'est la vie, entend-on souvent. Que se passe-t-il si elle vient à manquer, ou si sa consommation s’avère potentiellement dangereuse ? Nos pays industrialisés sont équipés de technologies innovantes et les experts de l'eau, toutes catégories confondues, abondent. Pourtant, la dégradation de la qualité de l'eau et l'assèchement des nappes souterraines sont des phénomènes bien familiers, car un aspect fondamental qui devrait caractériser notre gestion de la ressource fait défaut : sa durabilité.
Comment dévier notre course à la catastrophe ? Le mouvement de l'écologie profonde atteste que nous ne pouvons pas nous contenter de résoudre les symptômes de la crise, mais qu'il faut corriger en amont les causes qui en sont à l'origine, autrement dit, questionner en profondeur notre rapport à la nature. Peut-on trouver une explication aux problèmes croissants de pollution et de raréfaction de la ressource dans notre façon même de considérer l'eau ?

 

Recréer une relation consciente  et sensible avec l'eau, une façon de mieux se comprendre dans le monde

Le rapport de l'homme à l'eau, ou comment a-t-on cru s'affranchir d'une dépendance ?

L'eau comme élément de la Terre a été étudiée sous toutes ses formes, testée en toutes circonstances, puis maîtrisée par l’Homme. Le développement du mode de vie urbain a fait naître la notion de demande en eau : une population s'installe sur un territoire, il faut se charger de lui fournir ce qu'elle entend consommer. Heidegger1 décrit très bien ce processus de mise à disposition des ressources, rendu possible grâce à la technique moderne. Il prend pour exemple les barrages  qui fournissent une part importante de l'énergie dite renouvelable en France. Ces constructions, destinées à produire de l'énergie sous forme d'électricité, modèlent les cours d'eau de façon à ce qu'ils fournissent en permanence la puissance demandée. Le fleuve en question est, d'après ses mots, « muré dans la centrale » qui « le somme de livrer sa pression hydraulique ».

"La maîtrise de la nature a pris le pas sur l'adaptation première à notre lieu de vie."

L'exploitation des ressources naturelles à grande échelle témoigne certes des capacités accrues de l'homme à adapter son environnement à ses besoins. Mais elle dénote également une occultation de notre dépendance fondamentale à celui-ci. La maîtrise de la nature a pris le pas sur l'adaptation première à notre lieu de vie. La médiation des objets techniques a accentué l'illusion que l'homme peut s'affranchir de sa dépendance aux ressources naturelles, mais nous constatons que le fait de les considérer comme inexorablement disponibles n'a fait qu'augmenter notre vulnérabilité. La crise de l'eau est un exemple criant du déséquilibre qui s'est instauré entre consommation et stock d'eau renouvelable.

Sommes-nous des perturbateurs ?

L'eau est présente partout et sous des formes aussi variées que les lieux qu'elle traverse. Elle est un élément mouvant, engagé dans un cycle qui semble immuable. C'est la circulation de l'eau qui assure le renouvellement du système dont elle fait partie, à travers la multiplicité de ses fonctions. Une perturbation du cycle se répercute sur tous les phénomènes qui en dépendent. Prenons l'exemple précédent du barrage sur un cours d'eau. L'accumulation d'eau d'un côté de la structure modifie les conditions de l'écoulement initial mais bloque également le flux de nutriments d'amont en aval de l'ouvrage. Le développement de la vie y est moins favorable, tout comme la recharge des nappes phréatiques facilitée par la présence de végétation dans le sol. Par conséquent, la quantité d'eau douce disponible sur ce territoire s'amoindrit. La principale inquiétude n'est pas tant le fait que l'eau soit une ressource limitée, mais plutôt que nos activités aient le pouvoir d'altérer de façon irréversible le fonctionnement global des systèmes naturels, rendant irréalisables les services rendus par l'eau et les autres ressources.

"Si nous sommes interdépendants avec ce qui nous entoure, notre intérêt est lié par extension à l'intérêt du système global qui est de se maintenir à travers le temps."

La Terre est un ensemble indivisible, et ce qui la compose ne peut exister indépendamment du reste. Si nous sommes interdépendants avec ce qui nous entoure, notre intérêt est lié par extension à l'intérêt du système global qui est de se maintenir à travers le temps. L'Homme au sein de cet ensemble est un des éléments qui définit l'évolution de la vie sur Terre. Il n'est jamais séparé de la nature, mais il interagit avec elle. Il la transforme comme elle lui donne matière à vivre. Son intervention peut avoir un impact négatif sur le fonctionnement global de la biosphère tout comme elle peut promouvoir son développement. La « prise de conscience de notre identité de Terriens », suggérée par Hubert Reeves2, peut être un moyen de nous replacer au sein d'une communauté de vie à laquelle nous appartenons et de redéfinir nos choix de coexistence. L'eau n'est alors plus seulement une ressource consommable. Elle est notre bien commun et notre action doit aller dans le sens de sa préservation afin d'assurer la continuité de notre présence dans le monde.

Ressentir notre lien à la terre par l'expérience de l'eau

Notre vision de l'eau comme bien consommable se restreint principalement à son aspect utile et ne nous permet pas d'appréhender les enjeux de préservation et de gestion raisonnée de la ressource. Jamie Linton3 explique que la vision de l'eau est fixée par les représentations abstraites dominantes dans un espace et un temps donné, qui devient référence dans l'imaginaire social. La vision de l’eau détermine les usages que l'on en fait, qui dans notre cas sont consacrés à la satisfaction des besoins humains. Mais nous avons constaté que ce point de vue anthropocentré met en danger le renouvellement de la vie, l'eau n'étant pas un capital remplaçable. C'est en prenant en compte l'ensemble des potentialités de l'eau que notre rapport avec elle sera équilibré et respectueux, et non plus basé sur une volonté de maîtrise et de contrôle. Nous devons donc approfondir notre compréhension de l'eau, en ouvrant notre perception à l'ensemble de ses qualités, au-delà des services qu'elle nous rend.

Une difficulté s'élève néanmoins : la rencontre avec l'eau dans l'espace urbanisé est loin d'être systématique lorsqu'elle n'est pas spécialement mise en valeur dans l'aménagement du territoire. Le contact visuel quotidien avec l'eau est capital pour nous rappeler notre lien vital avec elle, il ne peut pas se résumer à l'eau mise à disposition par l'ouverture d'un robinet. Le réseau de conduites qui alimente en eau potable nos habitations et évacue nos eaux usées, rend invisible la circulation de l'eau. Lever le voile mis sur notre eau, c'est rendre possible son entrée en scène, sous toutes ses expressions.
Comprendre ce qu'est l'eau, ce n'est pas connaître sa composition ou les lois physiques qui décrivent son mouvement pour prévoir son « comportement » et en tirer profit. Comprendre ce qu'est l'eau, c'est la laisser se dévoiler dans sa pluralité. Fluide ou solide, claire ou trouble, jaillissante, apaisante… Terrain de jeu ou chaos dans la tempête, il nous est impossible de la définir par une qualification unique, si ce n’est qu’on la reconnaît « eau ». Apprécier pareillement ses qualités utiles, symboliques et esthétiques, c'est lui rendre son unité, accéder à une dimension plus large de son être, et par ce biais, ressentir notre lien avec elle car c'est en nous que se réalise la découverte de son identité.

A travers cette nouvelle compréhension de l’eau, nous faisons l’expérience des richesses de la Terre et pouvons revenir à ce sentiment d’appartenance essentiel : celui de la joie de l’habiter.

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